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La couleur Émotionnelle : "La rivière des souvenirs"

Elle aimait se baigner dans la petite rivière. Elle y allait le soir, pour se délasser, et oublier les tracas de la journée. En apesanteur dans la fraicheur des eaux, le flot lavait sa mémoire, les voix s’étouffaient et les visages devenaient flous. Chaque tourbillon effaçait un peu plus du présent, le transformait en passé, en le dissolvant dans le courant. Et le tumulte de ses pensées se faisait de plus en plus serein, tout comme l’eau qui filait, insaisissable dans le lointain.
Un soir, alors que la lumière enchantait la rivière, l’ancien qui s’effaçait lui laissa une sensation de nostalgie, un goût vague des choses perdues. Elle coula au fond de l’eau, afin de retrouver cet instant passé, un moment magique de ses souvenirs, qu’elle avait malencontreusement laissé filer. Elle plongea dans les méandres de sa mémoire, et l’eau, docile, recréa son histoire. Chaque goutte sur sa peau lui rappelait une sensation, chaque vaguelette une émotion. C’était un mirage qui s’élevait de ses pensées, des images recrées comme des reflets déformés.
Alors elle comprit : la rivière ne conservait rien d’intact. Selon ses désirs, elle réinventait ses souvenirs, en les façonnant dans les flots du présent. Et le passé, emporté, ne laissait derrière lui qu’une empreinte éphémère, des échos de vie, que l’on reconstruit à l’infini, sans jamais les retrouver vraiment.

Il était une fois une petite rivière. Tous les soirs, une jeune fille allait se baigner pour oublier tout ce qui l’avait embêtée dans la journée. Quand elle flottait dans l’eau, c’était comme si le courant emportait tous ses soucis très loin. Et la jeune fille se sentait de plus en plus calme.
Un soir, elle eut une sensation de tristesse, comme un petit pincement au cœur. Elle voulait se souvenir de quelque chose d’heureux mais elle l’avait presque oublié. L’eau l’avait emporté. Alors elle plongea au fond de l’eau pour demander à la rivière de lui rapporter son souvenir.
Et la rivière exhaussa son souhait : chaque goutte et chaque petite vague lui rappelèrent un moment de son souvenir. Mais c’était un peu comme dans un rêve et ce n’était pas exactement ce qu’elle avait vécu.
Alors elle comprit que la rivière ne gardait rien exactement comme avant. Elle transformait les souvenirs, elle les refabriquait avec le présent. Le passé était parti en ne laissant que des petites traces. On peut l’imaginer encore et encore, mais on ne peut jamais le retrouver tout à fait.

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